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Les taxis du monde selon Lionel Cottu
L’une des premières choses que font pas
mal de voyageurs quand ils arrivent dans une ville,
c’est d’ouvrir la portière d’un
taxi. Après des années de voyage, Lionel
Cottu, journaliste à la rédaction de France
3, a consacré un ouvrage à ce type de
véhicule dont le nom et la fonction sont identiques
en tous points du globe. Du rickshaw en Inde aux hydravions
des Maldives, il nous parle de ce moyen de transport
universel et de ses particularités locales. Retrouvez
aussi ses précieux conseils pour établir
un bon contact avec les chauffeurs, qui s’avèrent
le plus souvent être de très bons guides...
:: Universel, mais si particulier selon les
pays
Comment vous est venue l’idée de
consacrer un livre aux taxis du monde entier ?
Tout le monde connaît ce moyen de transport. Le
mot taxi est absolument international, même lorsqu’il
ne s’écrit pas en lettres latines. Dans
quelque ville du monde que vous soyez, vous pouvez sortir
dans la rue et en trouver un. Au cours de mes voyages,
je me suis rendu compte que la première personne
que je rencontrais, c’était toujours un
chauffeur de taxi. Et que les véhicules pouvaient
être très différents. La majorité
sont des automobiles, mais on trouve aussi des tricycles,
des bateaux, des avions, des motos... C’est souvent
l’emblème d’une ville, pensez à
New York ou à Londres, par exemple. Cela m’a
donc intéressé d’exposer tout ça,
notamment le lien essentiel qui unit le taximan au visiteur.
Avez-vous spécialement voyagé
pour le livre ?
Non, j’y raconte ce que j’ai vécu
et appris en une dizaine d’années au cours
de mes nombreux déplacements sur la planète.
Y a-t-il un point commun entre tous les véhicules
?
Le jaune, peu utilisé pour les voitures particulières,
est la couleur référentielle. Parce qu’elle
se voit, tout simplement. C’est de New York que
c’est parti. Même à Cotonou, les
conducteurs de moto et de mobylettes qui font le taxi
sont vêtus de jaune. C’est la référence
à travers le monde, à quelques exceptions
près, comme Londres.
En France, les taxis se fondent dans la masse des voitures...
Il y a eu des tentatives pour les uniformiser. Mais
les chauffeurs de taxi sont majoritairement artisans
en France. Ils ne veulent pas se faire imposer un type
de voiture ou une couleur, car ils tiennent à
pouvoir revendre le véhicule dont ils sont propriétaires.
La seule chose qui leur est imposée, c’est
que leur auto ait moins de sept ans et que ce ne soit
pas un coupé. Le seul coupé taxi au monde,
c’est la Coccinelle Volkswagen de Mexico. Pour
que les gens puissent entrer, on a retiré le
siège avant. Au fond, cette prédominance
des artisans en France, ça représente
bien l’esprit du pays, qui est un peu individualiste.
C’est rigolo de voir à quel point le taxi
est le reflet de sa société. On peut même
aller plus loin, car le taxi a une valeur d’intégration.
Dans les pays industrialisés, là où
l’on trouve un phénomène migratoire
important, on se rend compte que le taxi figure parmi
les professions qui intègrent le plus de personnes
issues de l’immigration, que ce soit à
Paris, Londres ou New York. Cette activité leur
permet de se fondre dans la population.
:: Des surprises au compteur !
Quels sont vos taxis préférés
?
Le plus chouette, c’est aux Maldives, mais c’est
lié au fait que le pays est merveilleux. Il y
a une association entre l’hydravion rouge de la
Maldivian Air Taxis qui vous amène dans l’île
de votre choix, le lagon bleu... Le side-car à
Manille, c’est épatant et surprenant. On
est dans une petite bulle à ras du sol. Les mecs
se faufilent, on n’a prise sur rien, c’est
soubresaut sur soubresaut, car les routes ne sont pas
toujours en bon état. Les motos de Cotonou valent
le détour aussi. Ce sont de petites 125 conduites
par des zemidjans, ce qui signifie « transporte-moi
vite ». Ils alimentent leurs machines avec de
l’essence frelatée vendue au marché
noir sur les bords des routes. Là, on a vraiment
la sensation d’être dans un autre monde.
Manille et Cotonou, ce sont les deux expériences
les plus farfelues que j’ai pues vivre. Les taxis
les plus confortables, c’est à Londres
et à Venise qu’on les trouve. Les taxis
londoniens sont de spacieux salons roulants. Ils correspondent
exactement à l’image que l’on se
fait de l’Angleterre. S’ils disparaissaient,
il manquerait quelque chose à la ville. À
Venise, vous avez les Riva, de somptueux bateaux en
acajou orné du mot « taxi ». Écrit
en jaune, évidemment. Le problème c’est
que c’est cher : 80 € la demi-heure. Il est
donc conseillé de se mettre d’accord avec
d’autres clients pour diviser le prix de la promenade.
80 € la demi-heure, cela doit en faire
des courses à Calcutta...
Les taxis les moins chers se trouvent bien sûr
en Asie ou en Afrique ; 80 €, il est clair que
cela fait un beau budget ! Avec cette somme, on peut
s’y attacher les services d’un taxi pendant
une ou deux semaines en négociant un forfait.
Dans certaines villes, les taxis sont munis
d’un compteur, dans d’autres, il faut négocier...
Oui, mais on a parfois des surprises. Les Ambassador
de Calcutta, par exemple. Ces berlines anglaises qui
datent de la colonisation ont toutes des compteurs qui
fonctionnent parfaitement. En revanche au Caire, le
compteur n’est guère utilisé. On
négocie d’emblée un prix pour aller
par exemple du centre aux pyramides. Dans cette ville,
on a l’impression d’être dans une
gigantesque succursale Peugeot étant donné
le nombre de 504 encore en activité. Vous avez
des voitures qui ont 700 000 km au compteur ! On se
demande comment certaines fonctionnent encore. Une fois,
je me suis rendu compte que mon chauffeur avait du mal
à passer les vitesses. D’où une
panne. « Don’t move » : le voilà
qui passe sous la bagnole pour la réparer. Je
voyais le levier de vitesse bouger. Il est remonté
les mains noires de graisse et a redémarré.
De nouveau, la voiture s’est mise à déconner
et il est repassé sous l’auto (rires).
L’univers du taxi est par essence le monde de
l’anecdote.
À Moscou, vous avez fait l’expérience
des taxis pirates...
Oui, ils sont nombreux. C’est un monde parallèle.
Beaucoup de gens font le taxi pour gagner quelque argent
en revenant de leur travail, car les salaires sont bas.
En gros, il suffit de lever la main pour que quelqu’un
s’arrête. Vous dites où vous voulez
aller et si c’est sur le chemin de l’automobiliste,
c’est bon, sinon il faut recommencer jusqu’à
ce que vous trouviez la bonne personne. Cela peut être
intéressant si votre « taxi » parle
anglais, car on peut discuter avec lui sur la vie que
l’on mène en Russie.
Y a-t-il de grandes différences dans
la manière de conduire selon les villes où
on se trouve ?
Ne parlons que des engins motorisés. Dans les
pays industrialisés, c’est très
pro, car c’est là qu’il y a le plus
de règles à respecter. Ailleurs, on croise
beaucoup de malades. Les conducteurs de rickshaw en
Inde, par exemple. Quand ils veulent tourner, ils le
font sans se soucier de savoir s’il y a un passant...
Le pire c’est à Cotonou où les conducteurs
sont surnommés « trompe-la-mort ».
Il est vrai que dans leur corporation, on compte un
nombre d’accidents mortels colossal. Ils font
n’importe quoi ! Quand vous voyez qu’une
mobylette transporte quatre personnes, bébé
compris, vous imaginez ce qu’il risque de se passer
s’il y a une chute en pleine vitesse. Lorsqu’on
est dessus, on se dit qu’on va mourir. Pas de
casque, atmosphère polluée, excès
de vitesse permanent, pas de respect de la ligne jaune...
À Mexico, dès qu’ils peuvent accélérer,
ils n’ont pas peur d’y aller franchement.
:: Le chauffeur de taxi, un sésame
pour un séjour réussi ?
Le chauffeur de taxi est-il un bon guide pour le voyageur
?
Partout dans le monde, les taximen repèrent immédiatement
le touriste. En général, ils mettent un
point d’honneur à montrer leur ville sous
son meilleur jour et cherchent à être serviable,
surtout dans les pays pauvres où ils ont tout
intérêt à ce qu’on les garde
le plus longtemps possible. Autre point commun entre
la plupart des chauffeurs de taxi : ils sont fiers de
ce qu’ils font. Du coup, le rapport au client
est plutôt serein. Maintenant, quand il y a une
barrière de langue, cela devient compliqué.
Je me souviens qu’à Hong Kong, il a fallu
que je prenne le micro pour appeler le standard afin
que le conducteur comprenne où j’allais.
Il ne parlait que le chinois et j’avais oublié
de noter le nom de mon hôtel dans sa langue. Dans
ce cas-là, il y a un sacré fossé.
Le mec fait sa course et point barre.
Est-ce un bon contact pour un reporter ?
Oui, à condition de bien se mettre d’accord.
Au Japon, les mecs sont extraordinaires. Tout est écrit
en japonais dans les rues et la plupart de nos interlocuteurs
ne parlent que leur langue natale. Donc, pour ne pas
être complètement paumé, un chauffeur
de taxi avec lequel vous pouvez discuter est absolument
nécessaire. Ce sont des aides très précieux.
Ils sont tellement rigoureux que si vous dépassez
le temps prévu, vous vous faites engueuler. L’heure,
c’est l’heure ! Ils n’ont pas envie,
une fois arrivé au rendez-vous suivant, d’avoir
à expliquer pourquoi nous sommes en retard, c’est
humiliant pour eux. En plus de cela, ils vous font tout
visiter... C’est surréaliste à Tokyo.
Il y a une autoroute qui surplombe un peu la ville,
c’est une espèce de serpent qui se balade
à travers des buildings sur lesquels sont affichées
d’innombrables publicités, il y a des néons
partout. Inévitablement, on tombe dans des embouteillages
monstres, parce que les Japonais utilisent beaucoup
leur véhicule personnel. Un jour que nous étions
bloqués, je vois le chauffeur de notre taxi qui
soulève une sorte de capot et voilà qu’un
écran de télévision apparaît.
Je me suis dit : « Bon sang, mais c’est
bien sûr, je suis à Tokyo, la ville du
tout technologique ». En plus, comme la réception
des chaînes n’était pas parfaite,
le type me met le dvd de Furyo, le film avec David Bowie.
C’était génial !
Est-ce qu’il y a des « trucs »
qui marchent bien partout pour établir une bonne
relation avec les chauffeurs de taxi ?
Quel que soit le pays, il faut sourire. D’ailleurs
quand je voyage, pour mon travail ou en famille, j’estime
que j’ai une chance extraordinaire. Alors pourquoi
faire la gueule ? Il ne faut pas hésiter à
serrer la main du chauffeur et se présenter.
À partir du moment où la personne rencontrée
sent que l’on s’intéresse à
sa ville et à son pays, il y a toujours du répondant.
Elle sera toujours prête à aider, à
répondre aux questions : ce qu’il y a à
voir, le taux de change, si ce que l’on a envisagé
comme programme est une bonne idée, s’il
vaut mieux aller voir tel site au lever ou au coucher
du soleil...
À l’inverse, quelle est l’erreur
à ne pas commettre ?
Être agressif. Ça ne sert à rien.
Il faut accepter que le mec n’a peut-être
pas envie de vous répondre là, tout de
suite. Ça arrive. Dans ce cas, vous verrez ça
avec le concierge de l’hôtel, par exemple.
Avez-vous connu des désagréments,
voire des situations périlleuses ?
J’ai vécu un tremblement de terre dans
un taxi à Tokyo. Ça vaut le coup, car
vous voyez que le chauffeur ne bronche pas, alors que
vous êtes sous le siège : "Don’t
worry!". Sinon, il m’est arrivé des
choses plus étonnantes que désagréables.
En Indonésie, à Yogyakarta, ma femme et
moi avons pris un becak. C’est un tricycle dans
lequel les passagers se trouvent à l’avant.
Ce qui fait que sentez le souffle du bonhomme dans votre
cou. Nous étions assez lourdement chargés
et donc pas bien à l’aise par rapport au
conducteur. « No problem, take the sit ! ».
Bon, O.K. Le truc c’est que le mec ne connaissait
pas l’endroit où nous allions et qu’il
a commencé à pédaler, pédaler...
Il a longuement fait le tour de la ville en cherchant
désespérément notre hôtel.
Finalement, au bord de l’épuisement, il
a ravalé sa fierté et s’est arrêté
pour demander son chemin à un collègue...
Côté périlleux, je ne vois pas trop.
Je n’ai jamais été agressé,
même à Mexico où l’on m’avait
dit que je risquais de l’être. De toute
façon, les taximen ne sont pas plus dangereux
que d’autres personnes. Le truc, c’est de
faire attention où vous allez, la nuit par exemple.
À Rio, je ne me suis pas rendu dans les favelas
à minuit avec un appareil photo en bandoulière.
Il faut avoir du bon sens...
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